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« SOIRÉES, de Gauthier Herol  »

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Tous les peuples du monde, pour autant que je sache, veillent leurs morts. Organisent des Veillées mortuaires. Or, tout se passe comme si ce sacripant de Gauthier Hérol, le narrateur du livre, qui vient de décéder, avait décidé, en attendant de franchir l’Achéron, de jeter son dévolu sur la discrète Clémence, et de la vampiriser pour de bon, à seule fin de lui dicter en vrac ses souvenirs du monde terrestre.

Terrestre ou plutôt marin, car les 9/10e de ses aventures se déroulent en mer ou dans des ports, sur des bateaux dont les noms émaillent le récit comme de doux sobriquets d’animaux de compagnie. Pourtant les animaux évoqués en titres de ces différentes «Soirées» sont, eux, bel et bien des êtres vivants, mascottes et totems auxquels sont dédiés les différents épisodes de cette saga apparemment désordonnée.

Apparemment. Car ce bateau ivre n’erre pas sans boussole. S’il paraît souvent naviguer au hasard, notre Gogo-guide rappelle ici et là qu’au travers de ses multiples errances, il sait où il va. Il court les mers à la recherche perpétuelle d’une petite fée, créature gracile et fuyante, que l’on soupçonne aussi mythique que le Marin de Gibraltar... et peut-être même que tous les personnages hauts en couleurs et plus ou moins récurrents qui peuplent ce récit.

Ainsi vogue de port en port, de tempête en tempête, ce Hollandais Volant encore bien vivant, et même très occupé à survivre dans les temps du récit, mais dont la mémoire de fantôme ignore et confond temps et lieux. Aussi argue-t-il de ce détachement propre aux défunts pour mélanger, au hasard de ses associations d’idées, des épisodes qui s’entrechoquent comme des boules de billard et changent abruptement de cadre et de direction... C’est un peu comme un film dont on aurait mélangé les bobines. Souvent désarçonné, le lecteur fasseye et change de cap, suivant le vent du récit et les connexions fantaisistes du narrateur. Au fil de sa lecture, il finit par en ressentir cette étrange impression de profondeur abyssale que génèrent les odyssées.

Le style est généreux, inventif, musical, d’une grande richesse verbale, d’une sensualité omnisens. Si Gauthier et quelques-uns de ses comparses avouent parfois un penchant coupable pour «les jeux de mots faciles» (tiens !), il n’en abuse pas. En revanche, il montre un goût prononcé pour les énumérations érudites, et nous dispense à l’occasion de véritables petits cours de navigation, de gemmologie, d’équitation, de botanique ou de spiritisme... On comprend que le pauvre Gogo à la tête si lourde de tant de science, avant de disparaître définitivement, ait à coeur de nous léguer ses expériences et ses savoirs. Un autre trait de notre conteur est sa prédilection (narquoise ?) pour les scènes d’horreur physique : malaises, blessures, tortures, sang et vomissures sont décrits par le menu, dans une langue insolemment précise capable d’en dégoûter plus d’un ! L’auteur tourbillonne d’un genre littéraire à l’autre, poétique, technique, fantastique, sans jamais rien se refuser.

Tous ces ingrédients donnent au final un livre copieux, facétieux, foisonnant, bondissant, qui plaira aux aventuriers des temps modernes, aux navigateurs, aux voyageurs, aux collectionneurs, aux érudits, aux lecteurs de Joyce, de Melville, de Conrad, de Lobo Antunes, d’Orsenna, de Bryce Etchenique, de Thomas Pynchon...

 

Marianne Ghirardi



 

Présentation

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Les Termites

Illustrations de Granjabiel :

-Cheval à la pelade

-L'araignée bleu

-L'assiette d'espadon

-La berceuse aux serpents

-La chatte aux pattes de canard

-Le coq borgne

-Le furet et la souris grise

-Les insectes cousus

-Les mouettes rieuses

-Les termites

-Malade parmi les mouches

-Pintades du père Denis

-Sang de pigeon

-Un oiseau fatigué

-Un raffiot couvert de chats

-Ventre du basset